Du désir d’enfant inassouvi à une vie épanouie sans enfant

Katrin et Fabian

Katrin et Fabian souhaitent avoir des enfants. Leur parcours est marqué par la perte, l’espoir et le renouveau. Aujourd’hui, ils vivent sans enfant et épanouis. Un portrait sur le courage, la douleur et de nouvelles perspectives. | Manuela Morgenthaler, SRF PULS

Sans enfant malgré eux

Katrin et Fabian ont traversé beaucoup d’épreuves. À 37 ans, Katrin essaie de tomber enceinte naturellement. La première tentative réussit rapidement mais la grossesse n’aboutit pas. Un an plus tard, elle tombe à nouveau enceinte, mais cette grossesse se termine elle aussi après quelques semaines.

Après la deuxième fausse couche, la gynécologue de Katrin lui recommande de consulter une clinique de fertilité. Les examens révèlent que son taux de prolactine est trop élevé, ce qui empêche les ovules de s’implanter dans l’utérus. Un traitement médicamenteux permet de faire baisser rapidement ce taux. S’ensuivent alors une stimulation hormonale pour déclencher l’ovulation ainsi que des rapports sexuels programmés. Mais malgré cela, le résultat tant espéré n’est pas au rendez-vous.

L’odyssée continue

L’étape suivante est l’insémination. Le sperme de Fabian est préparé en laboratoire puis introduit directement dans l’utérus de Katrin au moment de l’ovulation. La fécondation se fait toujours de manière naturelle. Mais là non plus, les inséminations ne fonctionnent pas : Katrin ne tombe pas enceinte. Les spécialistes recommandent alors une fécondation in vitro, une FIV. Pour le traitement FIV, Katrin doit s’injecter chaque soir des hormones. C’est Fabian qui s’en charge, car la vue des aiguilles lui donne des nausées. Régulièrement, elle se rend à la clinique de fertilité pour contrôler la croissance des follicules, leur nombre et leur taille. Les ovules sont prélevés puis fécondés in vitro, ensuite un embryon est réimplanté. Commence alors l’attente – une véritable montagne russe émotionnelle. Deux semaines plus tard, ses règles surviennent. Katrin et Fabian décident de s’accorder une courte pause, puis de tenter une nouvelle FIV. Mais la pandémie de COVID s’interpose. La pause prévue se transforme en une interruption forcée de plusieurs mois, car aucune fécondation artificielle n’est pratiquée durant cette période.

Tomber enceinte à tout prix ?

Katrin ressent que cette pause imposée lui fait du bien. Un poids lui tombe des épaules : enfin, elle n’a plus rien à décider et n’a plus mauvaise conscience de « perdre du temps ». C’est à ce moment-là qu’elle prend conscience qu’elle ne souhaite pas se lancer dans un nouveau traitement FIV. Les épreuves psychiques et physiques sont trop lourdes.

Si elle devait retomber enceinte, ce serait naturellement comme lors des deux grossesses précédentes. Elle en est convaincue. Katrin et Fabian décident ensemble d’abandonner les traitements FIV. Ils font un premier pas vers un plan B : une vie à deux, sans enfant. Katrin tombe une troisième fois enceinte, de manière inattendue.

Mais sept semaines plus tard, des saignements apparaissent : la grossesse s’interrompt une nouvelle fois beaucoup trop tôt. Katrin crée des « vision boards » avec de nouveaux projets et des destinations de voyage : elle rêve d’un long périple pour se détacher complètement du désir d’enfant. Fabian partage ces rêves, tout en conservant une foi inébranlable : tout arrive en son temps. Quelques semaines plus tard, une opportunité unique se présente : Fabian, journaliste, reçoit une proposition comme correspondant à Washington. L’occasion idéale pour un nouveau départ et une nouvelle aventure.

Le nouveau départ

Aux États-Unis, tous deux se concentrent sur leur nouvelle vie. Mais chez Katrin, les expériences des années précédentes continuent de résonner. Elle ne trouve pas d’offres de soutien adaptées aux personnes qui restent involontairement sans enfant. Une aide psychologique aurait dû être organisée par elle-même, mais à ce moment-là, elle n’en a pas la force. Katrin se sent souvent seule et ne trouve pas de structures d’accompagnement appropriées. Elle tombe sans cesse sur des récits de réussite : ceux qui, après de nombreux cycles de FIV, finissent par avoir un bébé.

Elle décide alors de prendre les choses en main. Avec son amie Rahel, qui a consciemment choisi de ne pas avoir d’enfants, elle produit aujourd’hui le podcast « Expectations », destiné aux personnes sans enfant, par choix ou non. Pour Katrin, ce podcast devient un moyen de digérer ce qu’elle a vécu et d’entrer en contact avec d’autres personnes concernées, d’échanger. Elle se sent enfin comprise et moins seule avec ses expériences. Par ailleurs, elle fonde une organisation, Kinderwunsch Peer-Support, à laquelle peuvent s’adresser des personnes ayant un désir d’enfant inassouvi. Elles peuvent y échanger avec une « personne pair », c’est-à-dire quelqu’un qui a vécu une expérience similaire.

Une nouvelle image de la vie à deux

Les expériences partagées ont renforcé la relation de Katrin et Fabian. Cela n’a pas toujours été facile. Ce qui les a aidés, c’est de parler régulièrement de leur désir d’enfant et du processus. Et l’humour, très important pour eux deux.

Durant les quatre années passées à Washington D.C. beaucoup de choses ont évolué : de la frustration liée au désir d’enfant inassouvi à la prise de conscience que la vie est belle telle qu’elle est. Car Katrin et Fabian ont une relation merveilleuse et savent l’apprécier. Aujourd’hui, ils savourent leur vie à deux et se réjouissent des aventures qui les attendent encore. Après presque trois mois à parcourir les États-Unis avec une tente de toit, ils sont revenus en Suisse. L’aventure américaine est terminée. Ils sont désormais curieux de découvrir ce que leur réserve ce nouveau chapitre en Suisse. 

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