« Sein Brisé » : restaurer le corps et l’âme des femmes

Professeur Phillip Blondeel

La chirurgie mammaire, qu’elle soit reconstructrice ou esthétique, est bien plus qu’une intervention technique : elle touche l’intime, l’identité et la confiance en soi. Pour les femmes confrontées aux séquelles d’une opération ratée, qu’il s’agisse d’une reconstruction après un cancer ou d’une chirurgie esthétique, le chemin vers la guérison est souvent semé d’embûches. À la Clinique de Montchoisi, le Prof. Phillip Blondeel, spécialiste en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, a lancé l’initiative « Sein Brisé », un projet ambitieux dédié à ces patientes en quête de réparation physique et émotionnelle. Dans cette interview, il nous dévoile les contours de cette démarche, les besoins uniques de ces femmes et l’importance d’une prise en charge globale pour leur offrir une véritable seconde chance. | Adeline Beijns

Professeur Blondeel, pourriez-vous nous présenter votre projet « Sein Brisé » et les ambitions qui le sous-tendent ?

L’initiative « Sein Brisé » est un projet qui me tient particulièrement à cœur, car il s’adresse à des patientes confrontées à des situations particulièrement complexes : celles dont une chirurgie mammaire, qu’elle soit esthétique, reconstructrice ou consécutive à un cancer, s’est mal déroulée. Contrairement à la Beautiful After Breast Cancer Foundation, qui se concentre principalement sur la reconstruction post-cancer, « Sein Brisé » élargit cet horizon pour inclure les complications esthétiques et reconstructrices.

Notre ambition est d’offrir à ces femmes une prise en charge globale, alliant expertise chirurgicale et soutien émotionnel, pour leur permettre de retrouver non seulement une harmonie physique, mais aussi une sérénité intérieure après des expériences souvent traumatisantes. À travers une communication active sur les réseaux sociaux, nous cherchons à faire connaître les solutions existantes et à guider ces patientes vers notre équipe, forte de 50 ans d’expérience combinée en chirurgie mammaire complexe, à la Clinique de Montchoisi.

Quels sont les principaux besoins exprimés par les patientes que vous accompagnez dans ce cadre, et comment y répondez-vous ?

Ces patientes se distinguent par leur fragilité émotionnelle et leur méfiance, visibles dès la première consultation à travers leur langage corporel. Elles posent plus de questions que d’autres, souvent marquées par une perte de confiance en elles et dans le corps médical. Leur question récurrente est : « Avez-vous déjà réalisé cette opération ? », et elles demandent fréquemment à voir des photos avant et après. Pour répondre à ces besoins, je prends le temps de les rencontrer, parfois deux ou trois fois avant l’opération, afin de les rassurer et de leur permettre d’assimiler les informations. Ces femmes ont vécu des expériences décevantes, ce qui rend difficile pour elles – et pour moi – d’établir une confiance mutuelle. Elles recherchent des garanties que je ne peux pas leur offrir pleinement, mais je m’efforce de leur donner du temps, de l’écoute et une transparence totale pour les accompagner vers une nouvelle intervention.

En quoi votre approche se distingue-t-elle dans la prise en charge de ces cas, souvent marqués par leur complexité ?

La complexité de ces cas exige une expertise technique et une grande flexibilité. Comme je le répète à mes étudiants, un bon chirurgien doit maîtriser un large éventail de techniques, de la microchirurgie à la transplantation, pour faire face aux imprévus. Par exemple, récemment, une patiente m’avait fourni un document indiquant que ses prothèses mammaires étaient de 200 cc ; en salle d’opération, j’ai découvert qu’elles étaient de 430 cc. Cela illustre l’importance d’une adaptabilité chirurgicale pour trouver la meilleure solution en temps réel. Mon approche repose également sur une communication claire avant l’opération : j’explique en détail ce qui est réalisable, les risques et les incertitudes. Cette transparence, combinée à une expertise approfondie, permet de répondre aux attentes de ces patientes tout en gérant la complexité de leur historique chirurgical.

Quels rôles jouent la sensibilisation et l’information dans le parcours de reconstruction ou de correction chirurgicale ?

L’information est cruciale, non seulement avant l’opération, mais aussi pour sensibiliser le grand public. Les femmes doivent être informées des conséquences possibles d’un cancer du sein, des complications potentielles d’une chirurgie esthétique et des options de correction. Aujourd’hui, les réseaux sociaux offrent une plateforme exceptionnelle pour diffuser ces messages, contrairement à mes débuts où nous dépendions d’affiches apposées dans l’espace public. Il est impératif de parler ouvertement des risques et des effets inattendus, afin que les patientes abordent leur parcours avec des attentes réalistes. En discutant avec leur chirurgien et en accédant à des informations fiables, elles peuvent prendre des décisions éclairées, ce qui renforce leur confiance et leur engagement dans le processus.

D’un point de vue médical et psychologique, quelle importance accordez-vous à offrir une « seconde chance » à ces femmes ?

Offrir une seconde chance, c’est redonner à ces femmes une qualité de vie et une confiance en elles qu’elles ont souvent perdues. L’expérience diffère selon le contexte : après un cancer, une reconstruction peut aboutir à une poitrine encore plus harmonieuse qu’auparavant, ce qui est une source d’espoir. En revanche, après une chirurgie esthétique ratée, les patientes peuvent ressentir une culpabilité profonde, se reprochant leur décision initiale. Dans les deux cas, l’enjeu est de restaurer non seulement l’esthétique, mais aussi le bien-être psychologique. Chaque femme mérite cette opportunité de se réapproprier son corps et son histoire, et c’est une mission qui guide chaque intervention que nous réalisons dans le cadre de « Sein Brisé ».

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